Troisième journée de colloques

Jacques Orefice

Compte rendu des colloques du 150° anniversaire de La Fraternité Vosgienne du 27 octobre 2012. Ces colloques ont réuni environ 140 personnes venus  de toute la Lorraine à l’Auditorium de La Louvière.

Le samedi matin était consacré à une interrogation sur l’« Imaginaire et Initiation occidentale » à travers l’œuvre d’ Hergé et se concluait par une approche des apports d’ Internet au fait maçonnique
Cette session était animée par Alain-Jacques Lacot, éditeur et chroniqueur littéraire, qui nous faisait part de toute son érudition littéraire et ésotérique au cours des différentes interventions.

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Deuxième journée de colloques

Le samedi 13 octobre 2012 La Loge La Fraternité Vosgienne organisait la deuxième journée de sa série de colloques consacrée à L’Imaginaire, La Franc -Maçonnerie et la Bande Dessinée à l’Auditorium de La Louvière à Epinal.

Environ 130 personnes ont suivi attentivement les exposés des intervenants tout au long de cette journée et participé aux débats.

Colloque du matin « L’Esotérisme et La Franc Maçonnerie dans la Bande Dessinée à travers les œuvres d’Hugo Pratt,d’Hergé et de Didier Convard ».

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Daniel Keller à Epinal

« La dignité humaine doit être défendue partout »

( Photos Jérome HUMBRECHT )

De passage dans la cité à l’occasion du 150e anniversaire de la Fraternité vosgienne, le possible futur Grand maître du Grand Orient de France dit sa foi en l’espérance pour ce XXIe siècle.
Agrégé de Lettres, ancien élève de l’Ecole Normale supérieure, de l’Ecole de Sciences politiques de Paris et de l’ENA, Daniel Keller est aussi franc-maçon depuis seize ans. Pressenti pour présider aux destinées du Grand Orient de France (GODF), cet ancien prof de sciences humaines à l’Université d’Aix-en-Provence a planché mercredi soir à l’amphithéâtre de la faculté de droit, sur « la franc-maçonnerie, une espérance pour le XXIe siècle ».

Vosges Matin du 5 octobre 2012


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Expositions

Frères de papier
Exposition Bande dessinée et Franc-Maçonnerie.

Date :
Lieu :
Adresse :
Du 21 septembre 2012 au 10 novembre 2012
BMI (Bibliothèque Multimédia Intercommunale – Épinal – Golbey)
48, rue Saint-Michel – 88000 Épinal
 « La BD, support d’images, donc de symboles, a longtemps joué de ses signifiants pour transmettre mystères et aventures. Plus récemment, elle s’est hasardée dans l’intimisme, tout en  poursuivant ses incursions dans la sphère de l’ésotérisme avec le pire, et parfois le meilleur. Le rapport des auteurs à la Maçonnerie reste mince, mais le paysage vaut quand même un détour. »
Jack CHABOUD

C’est sur ces lignes que commence le parcours de l’exposition FRÈRES DE PAPIER, réalisée par notre Loge en collaboration avec la BMI.Traditionnellement attirée par les mondes secrets, étranges, inquiétants, fantastiques et les secrets de toutes sortes, la bande dessinée est au rendez-vous de l’engouement contemporain pour les mystères ésotériques et policiers.

Un choix a été fait en complicité avec les éditions Glénat, Delcourt et Vents d’Ouest ainsi qu’avec la collaboration active du Musée de la Franc-maçonnerie pour présenter des planches originales magnifiques où la vie maçonnique apparaît entre les cases. Une planche originale d’Hugo Pratt figure donc dans l’exposition, morceau de choix exceptionnel qui ravira tous les amateurs de dessin, qu’ils soient ou non curieux de Maçonnerie.

L’exposition présente le travail graphique des dessinateurs.

Une Loge dans la ville
150 ans de vie maçonnique avec la Fraternité vosgienne

Date :
Lieu :
Du 21 septembre 2012 au 10 novembre 2012
BMI et la Galerie de la Mairie d’Épinal.

Le 8e jour du 7e mois de l’an 5862 de la Vraie Lumière, le Grand Orient de France accorde ses constitutions à la Respectable Loge « la Fraternité vosgienne », à l’orient d’Épinal. Autrement dit, c’est le 8 septembre 1862 que la plus ancienne et principale obédience maçonnique française autorise la création d’une loge régulière dans la préfecture des Vosges. En réalité, plutôt que de création, il s’agit du réveil d’une loge antérieure, la Parfaite Union, celle de Jean-Charles Pellerin, fondée à la fin du XVIIIe siècle et mise en sommeil vers 1830. Le Second Empire libéral voit donc se reconstituer à Épinal et dans quatre autres villes du département une riche vie maçonnique.

Cette exposition propose de découvrir l’histoire de cette Fraternité vosgienne qui, depuis 150 ans, occupe une place dans le paysage social, politique et intellectuel d’Épinal. Derrière des figures tutélaires prestigieuses, à l’enseigne de Louis Lapicque, les hommes de la Fraternité sont souvent des citoyens anonymes pour qui l’engagement, le partage, la réflexion individuelle et collective sont au cœur de leur démarche.

Chacun est ainsi invité à déambuler à travers un parcours initiatique, de la galerie centrale de la mairie d’Épinal à la bmi. Dans l’une, l’accent est mis sur la franc-maçonnerie en général – ses sources, ses valeurs, ses rites, ses pratiques – dans l’autre, c’est l’histoire de la Fraternité vosgienne qui est plus spécifiquement évoquée, avec un clin d’œil à la personnalité attachante de Jean Bossu. Deux visions donc complémentaires pour comprendre ce qu’est une loge maçonnique, loin des clichés, loin des secrets.

Le Cercle philosophique culturel qui organise cette exposition remercie très sincèrement la ville d’Épinal et la communauté d’agglomération Épinal-Golbey pour son soutien dans la réalisation de cet anniversaire, avec une mention particulière pour le personnel de la bmi. La quasi-totalité des pièces présentées proviennent d’institutions et de particuliers qui nous ont fait confiance et nous ont prêté leurs fonds. Nous remercions ainsi vivement les Archives départementales des Vosges, la bmi, les Archives municipales d’Épinal, le Grand Orient de France, le Musée de la Franc-Maçonnerie (Ludovic Marcos, Pierre Mollier et Éloïse Auffret), la Société d’émulation du département des Vosges et MM. Jean-Claude Gérardot, Fabrice Henriot, Gérard Kopf, Bernard Laurencé et Jacques Oréfice.

La genèse du film

L’affiche du film

Dès juillet 1941, Jacques de Boistel, de retour d’Allemagne, est chargé par Bernard Faÿ de réunir les éléments d’un film de propagande anti-maçonnique. Jean Marquès-Rivière rédige le scénario : « Ce film, je l’ai voulu précis et très dur, dira-t-il. Il fallait montrer aux foules de cinéma – vous savez tous ce que représente une foule de cinéma, le samedi soir… – pendant trente minutes le problème maçonnique… ».

Le film est réalisé par Jean Mamy, sous le pseudonyme de Paul Roche. Mais, si Marquès-Rivière a quitté la Maçonnerie bien avant 1939, Jean Mamy était encore en 1940 le vénérable de la Loge Ernest Renan, et c’est lui que, dans une de ses interventions au convent de 1945, le F.·. Villard qualifia de « premier traître de chez nous ».

Le 9 septembre 1942, le premier tour de manivelle est donné dans les studios de Nova-Film à Courbevoie. Des séquences sont tournées au Palais-Bourbon (les Allemands délivreront un Ausweiss à cet effet) et dans les Temples du Grand Orient. Le numéro 57 de la revue Cinémondial retrace pour ses lecteurs le brillant cocktail qui réunit de nombreuses personnalités parisiennes rue Cadet, pour fêter les premières prises de vues.

Le 15 octobre, dans Les Documents maçonniques, Jean Marquès-Rivière écrit :  « Comme auteur du scénario, je tiens à présenter ce film qui traite de la Franc-Maçonnerie. J’ai voulu d’abord, par ce film, continuer la propagande antimaçonnique que font, chacun dans leur secteur, mes camarades de l’équipe à laquelle j’ai l’honneur d’appartenir. A une heure où les prudents cherchent le vent, où les habiles préparent de futurs reniements, à une heure où le F.·. Marchandeau, l’auteur du fameux décret de mai 1939, ce décret qui interdisait de prononcer ou d’écrire le mot juif, peut encore paraître à la tête des maires de France sans être hué, il paraît singulièrement urgent de dire tout haut ce que personne n’ose prononcer et de dénoncer clairement le mal dont meurt la France. A force d’être secrète, la Franc-Maçonnerie a disparu déjà de la mémoire de nos concitoyens, ces “Français qui ont la mémoire courte” et sa nocivité est en proportion de cette occultation. C’est pourquoi, par notre revue, par nos conférences, par nos tracts, par le film, nous ne cesserons de jeter le cri d’alarme.

J’entends bien les indignations :union des Français, bonne volonté commune, respect des valeurs spirituelles, absolution du passé, reconstruction socialiste du pays… et nous sommes les attardés, les réactionnaires odieux, les gêneurs du renouveau français. Sur cela, nous nous sommes expliqués et nous nous expliquerons encore : qu’il me suffise de dire ici que, pour nous, ces mots ont une sonorité qui date d’avant 1940, mais que nous les voulons purs et vrais et non point au titre de commodes paravents; nous nous refusons de jouer avec des dés pipés. Reconstruction de la France ? Oui, mais sans le IV° pouvoir occulte des Loges. Union des Français ? Oui, mais sans l’existence secrète des “initiés” auxquels tout est permis et des “profanes” qui n’ont qu’à payer et qu’à applaudir. Absolution du passé ? Oui, si les FF.·. redeviennent sincèrement des Français du Maréchal, des Français pour le servir et l’aider et non point pour le trahir.

Ce film, je l’ai voulu précis et dur ; il fallait montrer aux foules de cinéma – vous savez tous ce que représente une foule de cinéma, le samedi soir… – pendant trente minutes, le problème maçonnique. Pour voir la question, pour la transformer en images sonores, j’ai songé à ce qui était lié très particulièrement avec la Maçonnerie : le Parlementarisme. C’est l’histoire d’un jeune député dont le talent inquiète “Les Forces occultes” qui dirigent la France ; le Grand Orient lui offre l’initiation maçonnique et lui promet une aide puissante ; mais il ne veut pas jouer le jeu malpropre qu’on lui propose et il clame son indignation et son mépris. La vengeance maçonnique l’attend ; de son lit d’hôpital, il verra partir ses camarades vers cette “drôle de guerre” qu’il a tant redoutée et dont il s’est expliqué si rudement dans une séance maçonnique fameuse. Et je remercie encore ici mon camarade Maurice Rémy du personnage émouvant qu’il a su créer dans ce film.

Palais-Bourbon, temple maçonnique, diptyque inséparable quand on veut représenter la France d’avant 1940; c’est cette atmosphère lourde et trouble que j’ai voulu évoquer dans “Forces Occultes”, afin de faire comprendre aux Français de 1942 de quel cauchemar ils sortent et où certains inconscients voudraient les faire revenir. C’est le dévoilement de l’action puissante et néfaste des Loges maçonniques, c’est la révélation du rituel des tenues et des initiations, ce “grand secret” maçonnique, dans son déroulement le plus exact et le plus grotesque. Si l’esprit critique et le sens du ridicule n’ont pas complètement abandonné les Français, ce film doit les éclairer et aider les campagnes que nous menons dans cette revue. Il est vrai que n’est pire sourd que celui qui ne veut point entendre”.

Le 6 mars 1943, Le Film, organe de l’industrie cinématographique française, revue bimensuelle, annonce dans son numéro 60 la prochaine sortie du film : “La Société Nova-Film dont l’animateur est Robert Muzard, qui produisit les Corrupteurs et la série Monsieur Girouette, vient de retenir le Cinéma des Champs-Élysées pour y projeter sa nouvelle production…” (le Cinéma des Champs-Élysées est une salle “aryanisée”).

Le 9 mars, le film Forces occultes est présenté au public parisien. Cette première projection est une séance privée. Les théâtres cinématographiques restent à cette époque fermés le mardi et ce jour est réservé à la vérification et au retour des copies. « Il s’agissait là d’un événement que tout le monde attendait avec impatience et, à en juger par l’enthousiasme des spectateurs, personne n’a été déçu », commentent les Documents maçonniques qui font le récit détaillé de la séance. Moyen métrage de 1.200 mètres d’une durée de 43 minutes, ce « document de vulgarisation sur une question d’intérêt national » est projeté pour la première fois en présence de l’ambassadeur Fernand de Brinon. « Monsieur l’Ambassadeur, Mesdames, Messieurs, mes chers camarades, j’ai l’honneur, déclame du haut de la scène, J. Marquès-Rivière,de vous présenter le film anti-maçon Forces occultes que j’ai fait en collaboration avec le metteur en scène Paul Riche et qui a été réalisé par le courageux directeur de Nova-Films M. Muzard. Ce film veut être un acte politique. Il veut être aussi un acte révolutionnaire. Dans le silence de l’agonie de la France, il veut être enfin un cri d’alarme. Je sais que ce cri n’est pas unique : je sais les efforts désespérés du petit nombre qui ne veut pas la disparition de notre pays dans un effacement rageur et stérile. C’est un cri de plus pour secouer le bon sens populaire qui a toujours pensé qu’un crime capital méritait une peine capitale. (…) Crime capital, ai-je dit. Il est pitoyable que la mémoire courte des Français leur ait déjà fait oublier les causes. profondes de la situation présente (…) Un malaise subsiste, de tous côtés des forces occultes freinent les volontés de renouvellement et stérilisent les efforts révolutionnaires. Un sabotage systématique de ce qui est le vouloir du maréchal a été organisé. A chaque pas en avant, de puissantes et mystérieuses mains défaisaient le travail accompli, et lorsque nous nous retournons sur deux ans de travail, nous ne pouvons que constater une incurie désolante et inquiétante, une suite d’occasions manquées et de temps perdu. Voilà pourquoi, j’ai voulu que ce film fût âpre et dur… »

L’utilisation méthodique d’un éclairage expressionniste rend compte du sens dramatique des scènes et met en évidence « l’atmosphère lourde et trouble des Loges et les éléments mystérieux et angoissants du décor ». Une oppressante inquiétude étreint le spectateur dès la première séquence. L’ombre d’une redoutable araignée grossit d’instant en instant et plane sur l’écran au rythme d’une musique tragique. L’araignée règne soudain sur la scène, sur son dos s’inscrivent l’équerre et le compas entrecroisés. Le plan suivant reproduit la carte des zones d’influence américaine, soviétique, britannique. Progressivement, sur le planisphère se surajoutent, identiques, les zones d’influence judéo-maçonnique. Le planisphère, tel un rideau de théâtre, fait place à une séance houleuse au Parlement. Un jeune député proclame son mécontentement. Conciliabules; et Pierre Avenel, circonvenu, pénètre dans un temple où est disposé le portrait de Roosevelt. Longue scène d’initiation. « Et ce fut pour Avenel le terrible engrenage des compromissions et des complaisances maçonniques auquel il tenta désespérément d’échapper ». Première carte de visite remise par Isaac – Levy – Stein… Premiers scandales Pathé-Nathan, 600 millions pris aux petits actionnaires… Suit une liste détaillée des scandales de la III° République et des Maçons compromis. Avenel se révolte enfin, quand il comprend que « la Franc-maçonnerie veut la guerre », que « la Franc-maçonnerie pousse la France à la débâcle ». Mais les Frères veillent. Un entrefilet annonce : « Un attentat bizarre. Affaire de mœurs ou de stupéfiants ? Le jeune député Avenel, qui depuis quelque temps donnait des signes de dérangement cérébral, a été trouvé inanimé dans un jardin de banlieue. On se rappelle ses interventions inopportunes à la Chambre. Il semble, d’après les renseignements recueillis dans son entourage, que Monsieur Avenel fréquentait certains milieux particulièrement louches ». Images d’actualités. La mobilisation générale. Pierre Avenel assiste de son lit au départ des troupes. Dernière scène, le globe terrestre en feu, derrière un Franc-maçon satanique qui étend ses mains vers l’astre flamboyant… « Cette guerre qui est la nôtre doit aboutir au triomphe de notre ordre sur le monde gouverné par nos méthodes et nos idées… »

Le mécanisme de la propagande est expliqué par F. Chevassu, dans Image et son, en novembre 1965. Il observe cinq étapes :

• 1. Réaction affective, la défaite.

• 2. Fait vrai en soi : la France n’était pas préparée pour la guerre.

• 3. Projection du spectateur sur un personnage : Pierre Avenel, honnête, ardent patriote et qui refusait cette guerre honteuse.

• 4. Ce personnage, donc le spectateur, victime des boucs émissaires.

• 5. Condamnation instinctive des boucs émissaires.

La structure du film consiste en la réception longuement détaillée d’un profane au grade d’apprenti, cérémonie initiatique conforme, indique-t-on, aux rites en usage avant la guerre dans quelques loges françaises. « Peu importent les gémissements rituelliques de certains qui jouèrent le scandale pour donner le change, déclare J. Marquès-Rivière lors de la présentation. Je voudrais justement que ce scandale, si scandale il y a, crevât l’abcès qui infecte notre pays; je voudrais que les colères qu’il déchaînera fissent tomber enfin les faux visages, démasquant les réactionnaires de l’ancien régime ».

A l’anti-maçonnisme, écrit Dominique Rossignol, se superposent :
– l’anti-républicanisme et l’anti-parlementarisme. Désordre et corruption des parlementaires de la III° République.
– l’anti-bolchevisme. Assimilation des députés maçons aux députés socialistes et communistes qui siègent à leurs côtés (dans un amalgame aussi imprécis que passionné).
– l’anglophobie et l’anti-américanisme. Carte et portrait de Roosevelt.
– l’antisémitisme. Les Francs-maçons favorisent les intérêts judaïques. Les deux triangles inversés du sceau de Salomon brillent à côté de l’équerre et du compas entre croisés.
– l’anti-internationalisme. Opposition entre les intérêts de la patrie, la France, et ceux du monde. Le film débute avec l’image du planisphère et s’achève sur celle du globe terrestre. La juxtaposition suggère l’internationalisme de l’emprise judéo-maçonnique, contraire aux intérêts nationaux. La Franc-maçonnerie est aussi maîtresse des relations internationales, puisqu’elle décide de la guerre.

Le jeune patriote n’a pas sa place dans une société manipulée et… criminelle. A la quête des “responsables”, les réalisateurs de Forces occultes prônent aussi un nécessaire et salubre renouveau national (aucune allusion à Pétain). « Il faut reconnaître, poursuit Jean Marquès-Rivière devant l’auditoire attentif du cinéma des Champs-Élysées, qu’il y a, à l’heure présente, un pouvoir plus fort que le pouvoir du maréchal, chef de l’État… La révolution nationale est trahie du haut en bas… Cette révolution nationale avait une politique qui a été sabotée : elle se définissait par une politique de collaboration sur le plan externe, par une politique d’épuration et de renouvellement profond des coeurs et des esprits sur le plan intérieur. (…) La consigne a été d’attendre. Des comédies ont été jouées et continuent à l’être… On a vu et l’on voit encore dans l’administration d’incroyables exemples de favoritismes maçonniques… On a vu et l’on voit encore des favoritismes maçonniques… On a vu et l’on voit encore des Maçons faux déclarants réintégrés… Nous rejoignons enfin la collusion maçonnique et bolchevique; il y a toujours un Maçon pour faire le lit du communisme… Il est question de rassembler des révolutionnaires, conclut-il, de créer des milices combattantes, faisceaux de belles énergies rassemblées dans une pure volonté… Chez nous, il y a aussi une prochaine bataille qui se prépare, une vraie et dure bataille. La Juiverie et la Maçonnerie sont les bastions avancés de la démocratie anglo-saxonne… Puisse ce film, qui est un film de combat, rassembler les énergies encore hésitantes pour les dures et décisives batailles de demain… »

L’opposition entre Vichy et Paris est manifeste. L’allocution de Marquès-Rivière que répercutent Les Documents maçonniques se veut un véritable « cri d’alarme » : « Qui,professe-t-il, fausse les répartitions du ravitaillement, stocke, stupidement les denrées périssables, affame les milieux ouvriers et favorise ainsi le marché noir ? Le Maçon. Qui critique les actes du gouvernement du maréchal, dénature ses gestes, affaiblit sa volonté ? Le Maçon. Qui prépare sourdement les révoltes intérieures, prémices certaines de la bolchevisation future de la France ? Le Maçon. Qui est au premier rang des organisations gaullistes et giraudistes, qui fait la liaison avec les centres communistes, qui a préparé la livraison pitoyable de notre Empire, qui complote contre tous les redressements de la France, qui forme les centres actifs et virulents des trahisons et des défections futures ? Le Maçon, encore le Maçon, toujours le Maçon ! ».

Le 15 avril, la revue Les Documents maçonniques souhaite au film une belle et longue carrière et reproduit dans ses colonnes de nombreux extraits de presse :

  • « Pour la première fois de son histoire, selon le Matin, la maçonnerie subit la dissection publique, la divulgation, la dispersion brutale de ses oripeaux, de ses appétits, de ses fantoches… Forces occultes, bain de vérité, est un acte courageux et salubre ».
  • « Drame où se mêlent la vérité historique et le mystère !… », consigne Vedette.
  • « Techniquement, un film … parfait…, servi par d’excellents interprètes… », commente l’Oeuvre.
  • « Documentaire précis, attachant, qui sait ménager le mystère, Forces occultes est une anecdote calquée sur tous ces crimes maçonniques demeurés chaque fois impunis… Les scènes essentielles, minutieusement reconstituées, respirent la vérité.. », consigne le Petit Parisien.
  • Pour le Cri du Peuple, de Jacques Doriot, c’est « un gros succès… une très utile propagande ».
  • L’Union française affirme : « … Un beau film qui fera réfléchir le spectateur… »

Distribué par les “Films A. Lauzun”, dans toutes la zone nord, précédé d’un sketch avec Fernandel, Restez dîner, tourné en 1933, le film, selon les publicistes, bat tous les records de recettes en exclusivité au Cinéma des Champs-Élysées :

  • – première semaine : 217.245 francs, record battu,
  • – deuxième semaine : 299.167 francs, record battu, etc.

Le 8 février 1944, la première projection en zone sud se déroule au cinéma L’A.B.C., de Vichy. Les représentants du gouvernement assistent à cette séance privée, sous les auspices du service de propagande de la Milice.

Le 26 mai 1946, le Grand Orient projette Forces occultes devant une assemblée de Maçons et publie peu après le compte rendu du débat qui s’ensuit. Le Grand Maître, Francis Viaud, confie à cette occasion qu’il est allé voir ce film « dont très peu de directeurs de salles obscures voulaient, car il fut très vite catalogué comme appartenant plutôt à l’espèce végétale, celle des navets, dans son quartier de la porte Saint-Martin, où le public était, dans l’ensemble, assez docile, et prenait volontiers sa “ration de cinéma” sans trop d’exigence ». Après la projection, Francis Viaud prend la parole pour exposer ce qui lui paraît excessif et par conséquent raté, tant dans les intentions de l’auteur que dans sa réalisation. Ces réflexions débordent le cadre du film : « La cérémonie tout d’abord est un tant soit peu exagérée, car nous ne nous présentons plus, explique-t-il, dans l’appareil un peu sommaire qui était celui du profane Avenel… De toute évidence, continue-t-il, le profane Avenel cherche tout de même quelque chose, il cherche un idéal… Et de fait, quand un profane vient frapper à la porte de nos temples, il veut trouver chez nous l’explication – qu’il ne trouvera d’ailleurs jamais complètement – de sa destinée et de celle du monde. (…) On a accusé successivement notre Ordre d’être pacifiste et belliciste. Dans le film Forces occultes, c’est le reproche de bellicisme qui était de circonstance et orchestré… Nous pourrions puiser dans l’arsenal des noms illustres de la Franc-maçonnerie pour répondre sans vaines discussions aux calomnies d’anti-patriotisme de la Maçonnerie… Il est curieux aussi de noter que le film Forces occultes nous reproche de vouloir abattre l’Allemagne, alors que les mêmes hommes…, la clique Pétain, Xavier Vallat et consorts, nous reprochaient, après 1918, notre action tendant à un rapprochement entre les peuples… »

 

Libres propos sur l’existence

Quand je dis le lien structurel entre la laïcité et la solidarité, entre la liberté de penser et la liberté d’être, donc d’exister, je trouve bien des contradicteurs.

Certains, qui imaginent la liberté absolue de conscience comme une valeur désincarnée qui nie ou oublie l’indispensable intégrité et unicité de l’être qui la pratique, d’autres qui ne sont que dans un improbable combat qui voudrait prouver l’inanité des religions ou qui se servent de cette position pour établir des hiérarchies entre elles ; Telle ou telle serait plus nuisible que telle ou telle autre, et incompatible avec la démocratie, car ils ont lu et étudié les livres fondateurs et y trouvent des éléments qui alimentent leur vindicte, sans voir que leur attitude qui dénie d’un côté, justifie de l’autre. D’autres encore, sinon enfin, dénoncent la dérive qu’il y aurait à mettre en cause l’état des sociétés et de la philosophie politique qui les fonde dans des comportements privés, individuels et intimes, car, comme le disent les régimes totalitaires, vous êtes bien dans une liberté absolue de conscience si elle ne met pas en cause la vulgate officielle et du plus grand nombre.

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La Franc-Maçonnerie ?

La Franc-maçonnerie peut se décrire comme un Ordre initiatique qui prodigue un enseignement ésotérique, a dogmatique et progressif à l’aide de symboles et de rituels.

Elle encourage ses membres à œuvrer pour le progrès de l’Humanité.
Sa vocation se veut universelle, bien que ses pratiques et ses modes d’organisation soient extrêmement variables selon les pays et les époques.

Elle réunit, dans de nombreux pays répartis sur toute la surface du globe, des personnes qui se sont données pour but de travailler à leur amélioration spirituelle et morale.

Les francs-Maçon du GODF avec leur différence, et leur égalité, travaillent à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’humanité de demain.

Ils sont des utopistes progressistes, à la recherche de la vérité. Ils s’appuient sur des principes, de tolérance mutuelle, de respect des autres et de soi-même, et de la liberté absolue de conscience. Celle qui permet de considérer les conceptions métaphysiques, comme étant la pratique individuelle de chacun, de croire, ou de ne pas croire.

1786 – Réapparition

La Franc-Maçonnerie réapparaît définitivement à Épinal.

La Respectable Loge « La Parfaite Union » est fondée par onze militaires du Régiment de Noailles dont son Colonel-Commandant Monseigneur le Prince de Poix.
Les Constitutions sont octroyées le 17 avril 1786.
La Loge est régulièrement installée le 28 juin par les officiers délégués de la Loge Mère « St Louis – St Philippe de la Gloire » Orient de Nancy.
Cette nouvelle Loge connaîtra une grande activité jusqu’à la Révolution Française. Les Vénérables successifs seront:

  • Stanislas de Battincourt en 1786
  • J. Louis de Clermont Crêvecœur en 1787
  • J. François-Xavier de la Salle de Fremifontaine en 1789

Dès le 29 août 1786 on note la fondation d’un Chapitre Rose Croix qui vient se greffer sur la Loge. Le président en sera Charles Joseph Viriot de Dompaire, officier au Régiment.

Cette Loge comptera toujours une majorité de militaires (la plupart nobles) issus des Régiments de Noailles et d’Angoulême-Dragons en garnison à Epinal.

Certains sont quand même d’origine spinalienne, tels Stanislas de la Salle de Faucompierre, Molet de Brejeot, Valentin d’Uriménil…
Elle comptera aussi, suivant les usages de l’époque, mains ecclésiastiques Chanoines de Chaumouzey ou Minimes d’Épinal.  Elle admettra de plus en plus de civils vosgiens et spinaliens : bourgeois, avocats…

A la veille de la Révolution, la « Parfaite Union » compte 80 membres. Le nombre l’incite probablement à se scinder, les militaires de Noailles veulent fonder leur propre Loge. « L’Aménité de Noailles » ne sera en fait définitivement installée qu’à Carcassonne, nouvelle garnison du Régiment. Le Vénérable sera le Comte d’Andelarre.

Parmi ces 80 membres on compte 58 militaires plus ou moins titres et gradés, deux ecclésiastiques et des civils dont la moitié sont des avocats.

La Loge semble travailler assez régulièrement jusqu’en 1790. Elle interrompt probablement ses travaux durant la Révolution.

Elle reprend force et vigueur en 1802.

Le tableau de la Loge comprend, d’un seul coup, 64 noms. Mais cinq Frères seulement de l’ancienne Loge réapparaissent dans la liste. Ils ont curieusement changé de « raison sociale ». On peut noter la disparition à peu près totale des militaires et nobles au profit des négociants, industriels, quelques fonctionnaires et notabilités.

Après cette brusque et apparemment brillante reprise « La Parfaite Union » retombe peu à peu dans une nouvelle léthargie. Dans une lettre du 6 juin 1805 le Trésorier tente de justifier le retard du payement des cotisations.

« Ce retard ne peut être attribué qu’au refroidissement d’un grand nombre de FF.·. dont plusieurs ont quitté les travaux, et la négligence qu’ils ont apporté dans le payement de leur cotisation « .

En 1806, l’effectif est tombé à 27 membres. Le Vénérable est alors Jean-Baptiste Perrin, rentier.
En 1807, le tableau publie 24 membres.
Les quatre années suivantes nous sont à peu près inconnues. Les tableaux ne sont plus envoyés à Paris… C’est la chute de l’Empire.
En 1812, le tableau indique à nouveau 27 membres, 15 affiliés (et 17 « absents « ).
Furent Vénérables de « La Parfaite Union » à cette époque:

  • 1802 – 1807 – 1811: Léonard Piers
  • 1806: Jean Baptiste Perrin
  • 1803: Jean Nicolas Gobert
  • 1813: Nicolas Welche
  • 1819: Henri Joseph Hogard
  • 1820: François Vosgien

En 1812 se passe à Epinal un événement maçonnique important. Il semblerait, à la lumière de cet événement que le déclin de la « Parfaite Union » ait été dû à des dissensions internes (dont nous ne savons pas grand chose). En tout cas le 26 mars 1812, parallèlement à la « Parfaite Union » se crée à Epinal une nouvelle Loge qui comprend très probablement tous les « opposants » à l’ancienne équipe.

Ce nouvel atelier « La Parfaite Amitié » n’aura d’ailleurs qu’une vie éphémère et refusionnera un an plus tard avec « La Parfaite Union » avec de grandes embrassades maçonniques et des discours émus. Cette cérémonie de retrouvailles aura lieu le 25 mai 1813… juste avant l’Invasion. On possède le tableau complet de cet éphémère atelier.

C’est l’invasion, quelques des Prussiens occupants fréquentent la Loge, en tout oecuménisme maçonnique tel le Frère d’Armansperg, Chambellan du Roi de Bavière, le Baron Von Molkte, commandant la place d’Epinal. Le 7 avril 1814 le Chapitre d’Epinal lui confère le grade de Rose Croix.

Le 30 octobre 1819, la Loge reprend à nouveau force et vigueur… C’est la Restauration. Elle adopte alors de nouveaux « statuts et règlements « .
En voici quelques extraits
– art. 9 : « Le F. M.·. s’interdira toute discussion directe ou indirecte contre le gouvernement, contre aucun culte religieux et contre la bienséance et les bonnes moeurs… »
– art. 10: « Il renoncera à toute fréquentation de L.·. irrégulière et à rassembler un comité maç.·. hors de la Loge, à moins qu’il n’y soit autorisé par une délibération expresse qui émane d’elle… »
Ces nouveaux règlements sont signés :
François Vosgien, Vénérable
Hogard, Premier Surveillant
Colin, Orateur
Pellet, Orateur Adjoint
Legros, Sécrétaire
Mougeot, Maitre des Cérémonies
Cottard, « Maître d’Hôtel « 
Les chevaliers Rose Croix : Piers – Richard – Bourcier – Aubert – Bredard
Les Maitres : Lamiché – Lamarche – Lebrun – Clément – Legros – Guilgot.

La Loge compte alors un très grand nombre d’ex-militaires napoléoniens… dont plusieurs conspirent contre le gouvernement. Le tableau de « La Parfaite Union » de 1821 indique alors 45 membres.

De 1821 à 1827 la Loge sombre à nouveau dans une période de léthargie. Le 1er mars 1822 le Trésorier écrit au G.·. O.·. et déclare ne plus pouvoir payer ses cotisations. Il reprend contact avec le G.·. O.·. le 30 janvier 1828 et explique

« Les travaux n’étaient plus fréquentés que très rarement et par un petit nombre des anciens membres de la Loge qui, resserrant les noeuds de la fraternité, s’étaient décidés à faire les sacrifices nécessaires au payement du loyer »

En 1828 se produisit un nouveau réveil de l’Atelier L’avocat Mougeot est Vénérable
L’Atelier compte alors:

  • 22 officiers
  • 34 « ouvriers « 
  • 20 « associés libres « 
  • 2 Maitres d’Hôtel
  • 4 Frères « à talent »
  • 3 Frères Servants

Le ler mars 1829 est envoyé le dernier tableau connu de la « Parfaite Union ».
Le chapitre Rose Croix compte 29 chevaliers, le Président en est Mougeot.
En 1833 la mise en sommeil est définitive…