Troisième journée de colloques

Jacques Orefice

Compte rendu des colloques du 150° anniversaire de La Fraternité Vosgienne du 27 octobre 2012. Ces colloques ont réuni environ 140 personnes venus  de toute la Lorraine à l’Auditorium de La Louvière.

Le samedi matin était consacré à une interrogation sur l’« Imaginaire et Initiation occidentale » à travers l’œuvre d’ Hergé et se concluait par une approche des apports d’ Internet au fait maçonnique
Cette session était animée par Alain-Jacques Lacot, éditeur et chroniqueur littéraire, qui nous faisait part de toute son érudition littéraire et ésotérique au cours des différentes interventions.

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Deuxième journée de colloques

Le samedi 13 octobre 2012 La Loge La Fraternité Vosgienne organisait la deuxième journée de sa série de colloques consacrée à L’Imaginaire, La Franc -Maçonnerie et la Bande Dessinée à l’Auditorium de La Louvière à Epinal.

Environ 130 personnes ont suivi attentivement les exposés des intervenants tout au long de cette journée et participé aux débats.

Colloque du matin « L’Esotérisme et La Franc Maçonnerie dans la Bande Dessinée à travers les œuvres d’Hugo Pratt,d’Hergé et de Didier Convard ».

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Premier des six colloques

Le 22 septembre, au matin, a eu lieu le premier des six colloques initiés par La Fraternité Vosgienne  » Hugo Pratt, Franc-maçon « 

Pierre Mollier directeur de la Bibliothèque et du Musée du GODF, maître d’œuvre de la magnifique exposition centrée sur Hugo Pratt qui vient de fermer ses portes rue Cadet, et Yves Hivert-Messeca, l’historien moderne de la Franc Maçonnerie, qui fût témoin d’une des initiations d’Hugo Pratt au 4° degré du REAA étaient particulièrement qualifiés pour nous parler des rapports étroits entretenus par Hugo Pratt avec toutes les formes d’ésotérisme et en particulier avec la symbolique maçonnique, lui qui écrivit  » Fables de Venise « , premier album entièrement maçonnique.

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Colloques du 22 septembre 2012

Auditorium de la Louvière – 7 rue de la Louvière – 88000 Épinal
« Corto Maltese et Hugo Pratt, leurs Voyages en Franc-maçonnerie »
animateur Claude Vautrin, journaliste et écrivain
9H00 Présentation par :
John Zaghian,Vénérable Maître de la Loge La Fraternité Vosgienne,
Yvan Jacques, président du comité d’organisation du 150° anniversaire,
Jacques Oréfice, coordinateur des colloques
9H15 « Les sources maçonniques et ésotériques dans l’œuvre d’Hugo Pratt »
par Pierre Mollier, historien-chercheur, directeur de la Bibliothèque du Grand Orient de France
10H15  « Corto Maltese et Hugo Pratt, deux ou trois choses que je sais d’eux »
par Yves Hivert-Messeca, historien, membre de l’IDERM
(Institut de recherches et d’études maçonniques)
11H15  « Corto Maltese, Franc-marin et Franc maçon »
par Jean-Robert Ragache, ancien officier de marine marchande, historien,
ancien Grand Maître du Grand Orient de France
12H00 Table ronde avec Pierre Mollier, Yves Hivert-Messeca, Jean-Robert Ragache
et débat avec les auditeurs
 « L’Antimaçonnisme »
animateur Jacques Orefice, coordinateur des colloques
 14H00 Projection du film « Forces occultes« 
film de propagande antimaçonnique commandité par l’État Français (1940-1944)
 14H45  Commentaires sur Forces occultes par Jean Louis Coy, critique de cinéma
15H30 « L’Antimaçonnisme à Épinal et ailleurs » par Jacques Oréfice
16H00 « L’Antimaçonnisme à travers les siècles »
par Yves Hivert-Messeca, historien, membre de l’IDERM
(Institut de recherches et d’études maçonniques)
17H00 « Les fondements philosophiques de l’Antimaçonnisme »
par Jean-robert Ragache, historien, ancien Grand Maître du Grand Orient de France
 18H00 Table ronde avec Jean Louis Coy, Jacques Oréfice, Yves Hivert-Messeca,
Jean-Robert Ragache et débat avec les auditeurs

La Laïcité

ou de la laïcité à l’attitude laïque

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Le débat qui, dans les années 1980-1990 a animé la société française à propos de la laïcité a eu comme premier effet de mettre en lumière le fait que cette idée ne concernait pas seulement le champ de l’Ecole mais tous les domaines de la vie démocratique. Cette idée de laïcité est du reste trop peu connue. Même l’enseignement de son histoire est peu développé et souvent incomplet, dans la mesure où il se borne à l’arsenal juridique en vigueur dans la République. Or la laïcité est une notion vaste, vivante, et dont on ne peut saisir la richesse que si on la considère non comme une contrainte mais comme la condition même de l’exercice des libertés.
D’où la longue histoire de la laïcité, marche par définition inachevée, que nous envisagerons sous trois aspects complémentaires :

  • une longue marche philosophique au cours de l’histoire humaine, qui se confond souvent avec la conquête de l’humanisme et de l’a-dogmatisme, prenant de ce fait la dimension d’une laïcité de combat
  • une traduction institutionnelle de cette laïcité, lente conquête de l’esprit humain prenant la forme d’une triple laïcisation, l’Ecole, la vie sociale, et la séparation des Eglises et de l’Etat, acte fondateur.
  • une constante mise en chantier de l’attitude laïque au regard des enjeux d’une société vivante.

Nous tenterons en conséquence d’approcher la laïcité comme philosophie personnelle, comme éthique : de la laïcité à l’attitude laïque.

A. L’idée laïque, un long cheminement dont les origines remontent à l’Antiquité.

Dans ce raccourci, nous repèrerons ce qui nous sert aujourd’hui à situer la laïcité.
Elle n’est au fil de l’Histoire, jamais nommée. Ce qui fit dire à Ferdinand BUISSON qu’elle est « un néologisme  nécessaire ». La question de la liberté de conscience est une question fondamentale, notamment pour les philosophes, de même que les conditions d’expression de cette liberté. La laïcité, nommée ou non, concrétisée ou non par la Loi, concerne l’individu quel que soit le lieu ou l’époque, dès lors qu’il veut s’émanciper d’une autorité imposée à l’esprit. Elle est donc en fait constitutive de la recherche humaine. « Rien de ce qui est humain ne lui est étranger ».
Au regard de l’Antiquité grecque, d’ailleurs, la question est d’emblée posée : s’affrontent deux mouvements contradictoires de la pensée :
les certitudes métaphysiques (les dieux guident la pensée et les actes
l’affirmation de l’autonomie de la pensée individuelle, l’éthique du débat et la raison comme principe.
C’est, en Occident, l’installation du Christianisme qui fera oublier cette dualité philosophique fondamentale qui ne réapparaîtra que vers les XIème et XIIème siècles, sous l’influence de philosophes « réveilleurs » qu’il conviendrait, aujourd’hui, de redécouvrir. Le débat entre foi et raison, productif de pensée se verra à toutes les époques enfermées par la Chrétienté dans la pensée dogmatique. La laïcité, si elle n’est pas nommée, est une laïcité de combat, nécessaire pour la revendication essentielle de la liberté de l’esprit.
C’est la Renaissance qui verra émerger fortement le culte de la raison, y compris au sein même de la Chrétienté et la naissance du principe du libre-arbitre.
-Prédominance de la raison, très liée à l’essor des découvertes scientifiques qui ébranlent les certitudes (Galilée, Kepler, Copernic), et qui seront fortement comdamnées
-installation du doute critique comme méthode de pensée (Descartes)
-dans le même temps, on assiste à la naissance de l’Etat comme pouvoir civil autonome, libéré de la tutelle du religieux (ce qui ne signifie pas la disparition de l’influence du religieux.
On voit donc poindre dans ce redoutable raccourci deux aspects de ce qui fera l’objet même de l’idée laïque :

  • sa dimension proprement philosophique
  • sa dimension institutionnelle : si l’Etat et les institutions demeurent sous le joug d’une pensée unique imposée, religieuse ou non, la liberté de conscience ne peut exister, son expression est impossible, voire interdite.

On voit bien, au passage, que cette conquête de l’esprit humain dépasse le cadre de la France. Et qu’au regard de ce cheminement, la question des racines de l’Europe se pose avec clarté : les racines chrétiennes n’en sont véritablement qu’un des aspects.
Il serait long et fastidieux de faire ici l’historique, à partir de ces remarques, de la conquête de la laïcité en France depuis la Révolution Française de 1789, dans sa volonté de faire un « homme nouveau », jusqu’à l’aube de la Troisième république, moment décisif pour la pensée laïque. Il suffira de rappeler, dans ce grand œuvre révolutionnaire, que sont en œuvre trois types de laïcisation : celle du Pouvoir, même sans séparation de l’Eglise et de l’Etat, (1790 : constitution civile du clergé), celle de l’Etat Civil (1792), celle de l’enseignement, sous l’influence de Condorcet qui souhaite un enseignement qui « n’admette l’influence d’aucun culte ».
D’inestimables avancées qui tentent de résister au désir de rétablir l’ordre ancien, et qui aboutiront à la naissance de deux France nettement en opposition, et à la naissance d’un anticléricalisme revendiqué et de combat, qui marquera de son empreinte tout le dix-neuvième siècle. Un anticléricalisme qui revendiquera parfois un athéisme nécessaire, inspiré de la foi dans le progrès, dans la « religion positive » d’Auguste Comte, dans le « Dieu c’est le mal » de Proudhon. De grands noms mériteraient qu’on s’y arrête : Michelet, Littré, Quinet…Ces positions, très populaires, deviennent de plus en plus radicales. Le combat pour la laïcité revêt le caractère d’un anticléricalisme militant et nécessaire, important à saisir pour comprendre les débats d’aujourd’hui.

B. La grande œuvre de la Troisième République

Trois grands chantiers caractérisent cette riche période de notre Histoire :

  • la naissance de l’Ecole républicaine
  • la laïcisation de la vie sociale
  • la Séparation des Eglises et de l’Etat

Ne nous attardons pas sur les deux premiers, bien connus, le premier illustré par l’œuvre de Jean Macé (« faire des électeurs, pas des élections… ») et de Jules Ferry. Une Ecole qui, outre sa fonction de formation d’individus libres de leur pensée, est le bel instrument de l’intégration à la République naissante. Une Ecole dont la fonction moralisatrice fait l’objet de débats passionnés : comment établir une morale indépendante des religions ?
La laïcisation de la vie sociale, quant à elle, verra l’adoption de lois essentielles dont on oublie aujourd’hui qu’elles ont été conquises de haute lutte : citons le droit d’association (juillet 1901) dont nous avons quelque peine à imaginer qu’elle a pu ne pas exister !
Faisons un sort particulier à cette Loi fondamentale de décembre 1905, loi de séparation des Eglises et de l’Etat.
Cette loi constitue le pilier de la laïcité contemporaine, au plan institutionnel comme, par contrecoup, au plan philosophique, même si le mot laïcité n’y figue pas. Il faudra attendre la Constitution de 1958 pour affirmer que la France est une « République indivisible, laïque, démocratique et sociale ».
Cette loi, somme toute peu connue, et qui a connu depuis sa promulgation de nombreuses adaptations, contient les éléments essentiels qui permettent de faire vivre la laïcité. Elle est dotée de plus d’une très forte portée symbolique dans la mesure où elle garantit :

  • la liberté absolue de conscience
  • la stricte séparation du politique et du religieux (la Puissance Publique n’a rien à dire sur le religieux, lequel n’a rien à imposer à la Puissance Publique){{1}}

La loi de Séparation est une loi de conciliation et d’apaisement, pour laquelle à l’issue de longs et houleux débats à la Chambre, il a fallu l’habileté, la tolérance d’Aristide Briand et de Ferdinand Buisson pour aboutir. Avec Jaurès, ces hommes ont fait preuve d’une rare sagesse politique en même temps que de dons stratégiques.
Je veux, de ce débat et de cette loi, mettre en lumière quatre caractéristiques qui, si elles ont prévalu à l’époque, n’en n’éclairent pas moins avec acuité le débat laïque d’aujourd’hui . il faut souligner la grande importance de la dimension juridique et politique de la loi
la laïcité de combat pour la liberté de conscience ne doit pas se constituer en camp chargé d’une idéologie ou d’un dogme, fût-il non religieux. Elle n’ »épouse » pas des idéologies particulières (science, progrès, athéisme… la laïcité ne peut être séparée de la question sociale : accès au savoir, à la culture, à la justice…la constitution de 1946 est en germe.
Une morale laïque est possible. Ce qui a été l’objet d’un débat difficile. L’étude approfondie de l’itinéraire de Ferdinand Buisson est à cet égard éclairant.

C. Laïcité et société d’aujourd’hui

Un espace de liberté et de construction individuelle
Qu en est-il ? Marcel Gauchet parle à juste titre de « désenchantement du monde ».
-la société française a cessé depuis longtemps d’avoir comme référence une vision du monde unique, totale, et à fortiori dictée par une quelconque transcendance ou une idéologie unificatrice. La primauté accordée à la conscience individuelle face aux grands problème d’aujourd’hui est évidente : « se faire son opinion ». D’où le sentiment assez partage d’un manque de repères, souvent invoqué. Or la laïcité, si elle repose sur un ensemble juridique efficace et bien identifié, ne propose aucun « système de pensée », aucune vision, aucun projet global identifiable. C’est à la fois sa richesse et sa faiblesse. Il ne faut pas considérer que la laïcité, à l’opposé des religions, est par nature le domaine de la non-croyance, de l’athéisme, de l’agnosticisme. Elle exige que soient reconnus comme égaux dans leur libre expression aussi bien les mouvements de pensées non religieux, voire s’opposant ou critiquant la religion, et les religions elles-mêmes. Elle est l’espace indispensable de construction de la pensée individuelle en toute liberté de conscience, et impose par essence la nécessité de se confronter sans restriction et à l’aide du doute critique à toutes les questions vives qui agitent notre société. Elle est, en conséquence, la possibilité offerte de construction d’une éthique individuelle et d’une morale concomitante. {{2}}
Mais la société est diverse :
L’esprit du législateur en 1905 était de constituer la laïcité en ciment de l’unité nationale. Une déclinaison de sa dimension universelle, au risque d’en faire une religion civile.
Or la société d’aujourd’hui est fondamentalement différente de celle de 1905. Elle est diverse par les individus qui la composent, et par les communautés qui la composent. La société est composée d’individus et de groupes qui co-existent, se choquent, s’ignorent. On a du mal à repérer le destin commun dont parle Rousseau, dans cette extrême diversité. Une identité nationale ne peut se construire que dans le sentiment d’appartenance à une identité culturelle forte.
Nous avons donc à jouer (et à débattre…) avec deux notions qui ne se superposent pas (ou plus) : la nation et la société. L’enjeu majeur de la laïcité est donc de conjuguer harmonieusement : la République indivisible{{3}}et la diversité sociale et culturelle. En sachant que :

  • une particularité culturelle ne peut s’intégrer que si elle est entendue
  • sa libre expression ne peut se développer que dans le respect de la loi commune.

On voit donc bien qu’il s’agit d’allier la reconnaissance des cultures présentes dans le pays, leur nécessaire égalité devant la loi, y compris dans le respect de la loi. L’indivisibilité constitutionnelle exclut donc de fait le communautarisme comme simple juxtaposition des cultures, et à fortiori comme enfermement des diverses cultures sur elles-mêmes, sous le prétexte de leur légitimité et de leur reconnaissance. L’alchimie en jeu est résolument plus complexe. Il faudrait ajouter à cette approche franco-française le sentiment à développer d’appartenance à la communauté européenne (un sujet à lui seul tant est diverse en Europe la conception de la laïcité, et le sentiment de plus en plus prégnant d’appartenance à la communauté planétaire (le « tout monde » dont parle si bien Edouard Glissant.
L’ »attitude laïque » permet à l’évidence d’éviter la dispersion, de se « situer » clairement et de débattre, y compris de la laïcité elle-même conçue comme un chantier permanent.
Cette approche « éthique » de l’attitude laïque autorise d’autant plus à lutter contre les exceptions républicaines quant au statut de la laïcité (Alsace-Moselle et départements d’Outre Mer) et à constituer l’Ecole Publique et républicaine comme l’espace fondamentale d’éducation à la laïcité.{{4}}

D. Enjeux actuels de la laïcité

Une des difficultés de la laïcité est l’absence de définition claire, qui semble autoriser chacun à sa propre interprétation et sa propre lecture. D’où le flou de certaines positions lorsque, à l’Ecole ou en d’autres espaces, la question de la laïcité se pose d’une manière plus aigue. C’est que, si la laïcité repose sur un certain nombre de dispositions juridiques, absolument nécessaires et qui doivent demeurer la référence, elle dépasse largement ce cadre et constitue bien une philosophie.
Je reprends volontiers une approche, certes imparfaite, de définition figurant dans le « projet de charte universelle de la laïcité au 21ème siècle », signée par plus de 120 universitaires et présentée au Sénat le 9 décembre 2005 :
« Nous définissons la laïcité comme l’harmonisation, dans diverses conjonctures socio-historiques et géo-politiques, de trois principes : respect de la liberté de conscience et de sa pratique individuelle et collective : autonomie du politique et de la société civile à l’égard des normes religieuses et philosophiques particulières ; non-discrimination directe ou indirecte envers des êtres humains. »
Cette définition, certes très large implique :
que la laïcité « à la française », sans être exportable en l’état, peut s’appliquer ou être recherchée quel que soit le contexte, qu’elle n’appartient à personne et des « bribes » de laïcité existent sans doute y compris dans des pays où elle ne fait pas l’objet de dispositions constitutionnelles
que la laïcité ne constitue pas un système de pensée clos, mais qu’elle irrigue, au-delà des systèmes de pensée, le politique, le juridique et le social
que, sans être nécessairement un objet de combat, sa défense s’impose si par hasard ou imprudence, elle n’est plus en arrière-plan de la vie du pays, ou si ses éléments constitutifs encourent le risque de subir quelques « aménagements » qui en affaibliraient la portée{{5}}.

E. de la laïcité à l’attitude laïque

Il y a longtemps déjà, Claude Nicollet distinguait la laïcité institutionnelle et la laïcité intérieure. Une approche qui a été sans doute la respiration nécessaire à une laïcité que l’opinion publique assimilait trop souvent exclusivement à l’anticléricalisme{{6}}. La difficulté est de ne pas rendre ces deux approches étrangères l’une à l’autre, mais de les inscrire dans une dynamique, un aller-retour permanent.
La vigilance s’impose en permanence. Car on voit bien que la société d’aujourd’hui, par sa complexité et ses fragilités, entr’ouvre la porte à un retour du religieux qui, pour être légitime chez chacun s’il le souhaite, est aussi la porte ouverte à toutes les errances.
Mais l’attitude laïque, dépassant le cadre de la tolérance, est une dynamique de l’écoute de l’autre et du respect absolu de ses interrogations. « il y a un château dans l’âme où Dieu lui-même ne pénétrerait pas » (Maître Eckart). La seule certitude qui vaille, c’est l’Homme, face à lui-même, et la seule attitude laïque qui vaille est celle du doute critique, y compris vis-à-vis de la laïcité elle-même. Attitude qui n’empêche nullement les convictions et la lutte.
La laïcité n’est pas et loin s’en faut, la simple observance de règles du vivre ensemble, elle n’est pas plus une idéologie parmi d’autres, elle est une activité de l’esprit.{{7}}.

[[1]] Il faut nuancer : rien n’empêche l’expression du religieux dans la sphère publique, pourvu qu’il n’impose pas un point de vue. La libre expression du religieux et le libre exercice du culte sont constitutifs de la loi. Comme le précise Emile Poulat, la loi de 1905 n’a pas séparé le temporel du spirituel, mais le temporel de l’ecclésiastique/ Voilà de quoi alimenter les débats d’aujourd’hui. Il faut en effet se garder d’un regard simpliste sur la loi de 1905, et ne jamais oublier le contexte dans lequel elle a été débattue et présentée. Ce serait une erreur manifeste par exemple de donner dans l’expression politique le sentiment qu’un retour du religieux, sous le prétexte qu’il peut s’exprimer notamment dans le champ de la morale, est à même d’apporter des solutions à nos sociétés en crise de spiritualité. [[1]]
[[2]] La laïcité comme valeur de référence encourt le risque, si l’on n’y prend garde, de sa « dogmatisation » ou de sa « sacralisation », contraire à son essence même. [[2]]
[[3]] et non pas Une, comme la Constitution ne l’indique pas… [[3]]
[[4]] L’Ecole Publique et laïque comme lieu d’apprentissage du vivre ensemble, et comme lieu de culture du fait laïque : à cet égard, il est fondamental d’enseigner à la fois le fait religieux comme fait de culture, et l’approche philosophique des mouvements de pensée non-religieux, qui ont plus que tous autres contribuer à l’émergence de l ’idée de laïcité. [[4]]
[[5]] Dire par exemple que l’instituteur ne remplacera jamais le curé signifie que l’on redonne à la religion une place éducative illégitime dans l’espace public, c’est donner à la religion une place qu’en principe elle ne peut pas revendiquer, et c’est affirmer qu’une « morale laïque » est impossible, ce qui est en parfaite contradiction avec l’affirmation de la liberté de conscience. [[5]]
[[6]] Et il est vrai que la laïcité doit être anticléricale lorsque les clercs (religieux, clercs de l’économie et de l’expertise, clercs de l’argent…) imposent ou veulent imposer leur idéologie à l’ensemble de la société, comme points de vue de référence [[6]]
[[7]] ce qui explique l’inutilité d’ajouter, à mon sens la laïcité comme référence dans la constitution de GODF : les termes même des articles de la constitution supposent la laïcité comme discipline d’esprit. Ce qui explique également la réticence qu’on peut avoir à inscrire 5 mn de laïcité lors des ten. Il suffirait peut être de rappeler que la laïcité est une attitude constitutive de notre démarche commune. A moins que ce temps ne soit consacré à une veille sur la laïcité dans nos institutions, ce qui est nécessaire, mais c’est une autre histoire. [[7]]

La Franc-Maçonnerie ?

La Franc-maçonnerie peut se décrire comme un Ordre initiatique qui prodigue un enseignement ésotérique, a dogmatique et progressif à l’aide de symboles et de rituels.

Elle encourage ses membres à œuvrer pour le progrès de l’Humanité.
Sa vocation se veut universelle, bien que ses pratiques et ses modes d’organisation soient extrêmement variables selon les pays et les époques.

Elle réunit, dans de nombreux pays répartis sur toute la surface du globe, des personnes qui se sont données pour but de travailler à leur amélioration spirituelle et morale.

Les francs-Maçon du GODF avec leur différence, et leur égalité, travaillent à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’humanité de demain.

Ils sont des utopistes progressistes, à la recherche de la vérité. Ils s’appuient sur des principes, de tolérance mutuelle, de respect des autres et de soi-même, et de la liberté absolue de conscience. Celle qui permet de considérer les conceptions métaphysiques, comme étant la pratique individuelle de chacun, de croire, ou de ne pas croire.

1862 – Nouvelle Loge

Le 25 Août 1862 sont envoyés de Paris Les constitutions Le 8 septembre 1862 parvenait du G.·.O.·.D.·.F.·. l’autorisation officielle. Le Grand Maitre. est alors le Maréchal Magnan.
Le 16 novembre 1862 est solennellement installée à Épinal la nouvelle Loge, « La Fraternité Vosgienne. »
La nouvelle Loge est officiellement créée par le docteur Marchal, membre et délégué du Conseil de l’Ordre, Vénérable de la Loge St-Jean de Jérusalem à l’Orient de Nancy. Il est assisté notamment par le Frère Contaut alors Vénérable de la Loge St-Jean au Temple de la Paix à l’Orient. de Neufchâteau.

Est alors Vénérable à l’installation le Frère Charles Henry Hogard (fils d’Henri Joseph, ex Vénérable de la « Parfaite Union »).

La principale cheville ouvrière de la renaissance de la Franc-Maçonnerie à Épinal est le Frère Colin, capitaine au recrutement à Épinal, Secrétaire de la Loge qui, dit l’annuaire du G.·.O.·.D.·.F.·., « seul a tout fait : réunion des Frères épars, démarches, planches, voyages, édification du Temple et mille détails de construction ».

Étaient en outre présents lors de l’allumage des Feux les Frères:
Daniel Dolfuss Vénérable de la « Parfaite Union » à l’Orient de Mulhouse
Sébastien Turck Vénérable d’Honneur de « St-Jean » à l’Orient de Nancy
Louis Chemery Vénérable de la L.·. « Les Vertus Réunies » à l’Orient de Vitry
De nombreux Frères des Loges de Neufchâteau, Vitry et Vesoul.

Les tenues ont lieu le deuxième mercredi du mois à 7 h 30 précises.

Le bijou distinctif de la Loge est en argent formé de deux triangles entrelacés portant d’un côté, au milieu, deux cœurs unis enflammés et en exergue le nom de la Loge. Sur le revers une colombe portant une branche d’acacia. Le bijou se porte sur la poitrine suspendu avec un ruban bleu moiré.

L’abbé Javelet, dans son Histoire d’Épinal à la Belle Époque, écrit qu’après la création de la Fraternité vosgienne, « il y avait 5 Loges dans les Vosges, groupant 400 adeptes. (…) Les rapports entre la Loge et l’Église étaient mauvais; leurs conceptions de Dieu et de l’homme diffèrent. Quoi qu’il en soit nous devons remarquer que la Loge eut une grande influence sur la gestion de la ville. Elle appuya fortement la laïcisation des Écoles et anima nombre d’associations culturelles à Épinal ».

En 1869, La Fraternité vosgienne, qui compte maintenant 36 membres, décide l’édification du Temple de l’avenue de Provence. Le Vénérable est alors l’avocat Émile Georges. Le bâtiment est terminé lorsqu’éclate la guerre franco-prussienne.

Après la capitulation de Napoléon III à Sedan, le temple est transformé en hôpital de secours. Une semaine plus tard, les Allemands entrent dans Épinal. Le 14 octobre, des soldats allemands essuient des coups de feu d’origine indéterminée. Le Frère Oscar Mariotte, pharmacien à Charmes, est empoigné par des soldats furieux, traîné dans la rue et mortellement frappé à coups de sabre.

Le temple, tout neuf est dévasté. L’effectif des Frères tombe à vingt-cinq, puis à douze membres. Les Frères qui restent sont dans l’impossibilité de faire face aux dettes contractées.

En 1873, la Loge, qui compte dix-huit membres – quatorze maîtres, quatre apprentis -, sollicite son exonération de Capitation due au Grand Orient. Le 23 janvier, le Frère Gaubet écrit à Paris : « Les Frères de cet atelier, animés d’un zèle digne de tous les éloges, ne se découragent pas. » Quoi qu’il en soit, disent-ils dans leur planche, et malgré cette charge énorme, nous nous sommes juré qu’avec l’appui de la puissance centrale, nous maintiendrions la feu sacré dans les Vosges jusqu’à extinction de ressources. Nous réduirons autant que possible nos frais, nous supprimerons le frère servant et chacun de nous le remplacera à tour de rôle, nous ferons des tenues de jour pour éviter les frais de lumière, plus de fêtes, plus de banquets jusqu’au jour de la double délivrance… » Malgré cet appel émouvant, la Loge n’obtient pas, on s’en doute, satisfaction.

Le 21 septembre 1874, elle adresse une nouvelle supplique à la puissance centrale Il semble que cette fois elle obtienne gain de cause. La Loge, effectivement, redémarre, des nouveaux profanes sont initiés : la Loge compte trente-quatre Frères en 1874,  trente-deux en 1875.

Le 30 janvier 1876, Émile George et Nicolas Claude sont élus sénateur des Vosges. L’abbé Javelet écrit, « au-delà des querelles, il y avait un autre lieu de profonde et secrète union : c’était l’amour de la « grande » patrie. Un amour plutôt chauvin et revanchard… » En effet, en 1882, Émile George s’affilie à la nouvelle Loge Alsace-Lorraine, créée à Paris pour faire de la propagande parmi les autres ateliers. La circulaire envoyée aux Loges précise qu’il faut créer un comité pour l’éducation nationale dans chaque canton et que chaque comité sera divisé en sections communales à l’intérieur desquelles gymnastique et instruction militaire seront données aux participants jusqu’à l’âge de vingt ans.

La même année, Émile George développe un plan d’éducation militaire et civique lors du Congrès de la Ligue de l’enseignement. La Ligue l’approuve, désigne un comité destiné à créer des organisations cantonales et ouvre une souscription nationale.

En 1888, Nicolas Claude meurt. La même année, Henry Boucher, vénérable depuis 1885, descend de charge. L’année suivante il est élu député des Vosges. A la Chambre, il réclame l’incompatibilité des fonctions de membre du gouvernement et de parlementaire, et demande que les députés anciens ministres soient obligés de se représenter devant les électeurs. Quant à Émile George, il est très discret au Sénat où il ne propose qu’une loi pour la protection de la pêche. Aussi, le 4 janvier 1891, aux élections sénatoriales, il est battu.

Du 25 au 27 mai 1893, le 13° Congrès des Loges de l’Est se réunit à Épinal, sous la présidence du Frère Chevreux. A l’ouverture des travaux, il est dit qu’Épinal avait été choisie parce la Loge « soutient toujours avec une patiente énergie la lutte incessante contre le séculaire ennemi de la société ».

Le 29 avril 1896, Jules Méline, membre de la Loge Le Travail, à Remiremont, constitue un ministère. Il appelle à ses côtés Henry Boucher qu’il nomme ministre du Commerce, de l’Industrie et des Postes et Télégraphes. En 1909, Henry Boucher est élu sénateur. Il le restera jusqu’en 1920. Mais lui qui avait comparé le séminaire d’Autrey à une « fabrique de noir animal » désertera l’anticléricalisme.

Les archives de l’Atelier ayant disparu, nous arrivons donc à la seconde guerre mondiale. Il faut signaler que le Frère Dohm a été Venérable de la Loge de 1919 à 1936, soit 17 ans !.

Durant l’occupation, à la suite de la législation antimaçonnique de Vichy plusieurs Frères sont révoqués :

  • Baruch et Marcel Uriot, instituteurs, Paul Demangeon, professeur.
  • Le Frère Stivert, résistant est fusillé par les Allemands.
  • Le bijoutier Albert, probablement maçon, meurt en déportation.
  • François Simon, directeur d’école est arrêté.
  • L’adjudant Cestaret, membre de la Loge est tué (on sait pas dans quelles conditions).

Nos Frères Louis Lapicque et Marc Rucart participent à la création de la Loge Patriam Recuperare. Mais là, c’est une autre Loge,
De l’autre côté, trois Frères ne sont pas vraiment hostiles au régime de Vichy, et l’un d’eux est exécuté par les maquisards après son arrestation.
Le 4 mars 1945, cinq mois après la libération d’Épinal, les Frères de La Fraternité vosgienne tiennent une première réunion au local de la rue de Provence (certains disent chez le Frère Simon). Ils se retrouvent après une séparation de près de cinq ans. Neuf Frères sont présents : Simon, ex-Vénérable en 1939, Demangeon, ex-Orateur, Gonand, Gauthier, Marchal, Uriot, Lorrain, Bordenave et Siegel. Quelques visiteurs se joignent à eux : Claude et Simonin, de la Loge de Saint-Dié, Roussel et Lanly, de Remiremont et un Frère américain, Saffer, de l’Orient de Cincinnati.

Le compte-rendu de cette réunion est rédigé par le Frère Simon. Cette réunion, de caractère profane, est suivie de plusieurs autres.

Le 18 novembre, une dernière réunion désigne les Officiers provisoires Paul Demangeon, Simon, Finance, François et Huriot. Plusieurs autres rencontres, intitulées « séances », plus ou moins régulières, le nombre de Frères ne permettant pas d’ouvrir régulièrement les Travaux, ont lieu. Dans cette période de reprise, l’Atelier fonctionne avec environ dix Frères, Sur les huit assidus, six sont des enseignants.

Ces premières réunions sont consacrées à la réorganisation de la Loge : réinstallation dans les locaux dévastés, reconstitution des listes, régularisation des affiliations, etc.

La période de l’Occupation a laissé des cicatrices. Nous sommes en pleine épuration. Les « réinscriptions » sont soumises à l’approbation des hautes autorités maçonniques, d’après les témoignages fournis par des Frères d’Épinal. Ces Frères semblent avoir assez peu apprécié ce rôle de juges inquisiteurs qu’on veut leur faire jouer. Beaucoup de Frères, bien que n’ayant pas à rougir de leur attitude pendant la guerre, refusent de se soumettre à ces contraintes. Une lettre adressée à Paris, le 8 mars 1946, par le Frère Simon au nom de l’Atelier, témoigne bien des réactions. Finalement, c’est seulement dix-huit Frères, sur cinquante à soixante, qui réintègrent l’Atelier. En mars 1946, les locaux sont officiellement restitués à la Loge par le « Secours national ». En fait, ils sont inutilisables. En attendant, les réunions ont lieu au domicile du Frère Demangeon.

Dès le 18 novembre 1945, la machine obédientielle s’est remise en route. Les questions à l’étude des Loges parviennent de Paris, ainsi que des appels substantiels de capitation. Déjà confrontés aux réparations les Frères protestent.

C’est seulement le 17 novembre 1946, grâce à la présence de Frères visiteurs, que s’ouvrent régulièrement les Travaux Le collège des officiers est reconduit. Au cours de cette Tenue le Frère Alberto Lesmarie est initié. En fait, cette admission ne se fait pas dans les normes maçonniques, la cérémonie est impossible à organiser et notre Frère est admis sans cérémonie. Le premier Frère « normalement initié » est le Frère Yves Ruaux, instituteur, le 8 juin 1947. Si le recrutement est faible, l’effectif continue d’être fluctuant. Des anciens se manifestent, hésitent. D’autres renoncent définitivement. Notre Frère Marc Rucart démissionne du G.·.O.·. et s’affilie au D.·.H.·. Autre célébrité, Louis Lapicque s’affilie à Paris, mais encourage la reprise de notre Loge,

Si le recrutement est volontairement prudent, les demandes ne doivent guère affluer. Les Frères Lesmarie et Ruaux, et beaucoup plus tard le Frère Guiot, seront les seuls admis durant les dix ans qui suivent la reprise.

Les Frères se remettent au travail. Les questions débattues à l’époque ont des thèmes éloquents. Ce sont prioritairement les questions conventuelles : « Crise de la moralité actuelle », « L’Éducation civique des femmes ». On s’interroge beaucoup sur les causes de « l’effacement » de la Maçonnerie pendant la guerre. Certains, tel le Frère Gonand, pensent que cela est dû aux positions laïques et politiques du G.·.O.·. et à l’abandon du G.·.A.·.D.·.L.·.U.·.

Temps difficiles. Les tenues se font toujours au domicile du Frère Demangeon.Le cérémonies se font à Remiremont. En 1950, de guerre lasse, l’Atelier songe à céder le local au G.·.O.·. ou même le vendre à la ville.

Effectif oblige, le collège des Officiers se modifie peu. Ceci jusqu’au brusque décès en 1951, du Frère Demangeon. Le Frère François le remplace. L’effectif est resté pratiquement identique. Heureusement les Frères de Neufchâteau et de Remiremont fréquentent la Loge régulièrement. Ceci permet en 1952 d’organiser une fête solsticiale, présidée par le Vénérable Francis Viaud. Sociologiquement, cooptation aidant, les enseignants, d’ailleurs très assidus, continuent d’être majoritaires. C’est ainsi que le 11 janvier 1953, le profane Guiot, inspecteur d’académie, est initié très solennellement en présence de nombreux Frères Ce nouveau Frère, très dynamique, sera Ven.·. trois ans plus tard. Le recrutement semble reprendre : cinq initiations en 1954-1955, dont trois le même jour. A la fin du Vénéralat de Georges François, l’Atelier compte environ vingt Frères « actifs » dont la moitié d’enseignants. Sur ces vingt Frères, dix sont des « anciens » d’avant guerre.

1786 – Réapparition

La Franc-Maçonnerie réapparaît définitivement à Épinal.

La Respectable Loge « La Parfaite Union » est fondée par onze militaires du Régiment de Noailles dont son Colonel-Commandant Monseigneur le Prince de Poix.
Les Constitutions sont octroyées le 17 avril 1786.
La Loge est régulièrement installée le 28 juin par les officiers délégués de la Loge Mère « St Louis – St Philippe de la Gloire » Orient de Nancy.
Cette nouvelle Loge connaîtra une grande activité jusqu’à la Révolution Française. Les Vénérables successifs seront:

  • Stanislas de Battincourt en 1786
  • J. Louis de Clermont Crêvecœur en 1787
  • J. François-Xavier de la Salle de Fremifontaine en 1789

Dès le 29 août 1786 on note la fondation d’un Chapitre Rose Croix qui vient se greffer sur la Loge. Le président en sera Charles Joseph Viriot de Dompaire, officier au Régiment.

Cette Loge comptera toujours une majorité de militaires (la plupart nobles) issus des Régiments de Noailles et d’Angoulême-Dragons en garnison à Epinal.

Certains sont quand même d’origine spinalienne, tels Stanislas de la Salle de Faucompierre, Molet de Brejeot, Valentin d’Uriménil…
Elle comptera aussi, suivant les usages de l’époque, mains ecclésiastiques Chanoines de Chaumouzey ou Minimes d’Épinal.  Elle admettra de plus en plus de civils vosgiens et spinaliens : bourgeois, avocats…

A la veille de la Révolution, la « Parfaite Union » compte 80 membres. Le nombre l’incite probablement à se scinder, les militaires de Noailles veulent fonder leur propre Loge. « L’Aménité de Noailles » ne sera en fait définitivement installée qu’à Carcassonne, nouvelle garnison du Régiment. Le Vénérable sera le Comte d’Andelarre.

Parmi ces 80 membres on compte 58 militaires plus ou moins titres et gradés, deux ecclésiastiques et des civils dont la moitié sont des avocats.

La Loge semble travailler assez régulièrement jusqu’en 1790. Elle interrompt probablement ses travaux durant la Révolution.

Elle reprend force et vigueur en 1802.

Le tableau de la Loge comprend, d’un seul coup, 64 noms. Mais cinq Frères seulement de l’ancienne Loge réapparaissent dans la liste. Ils ont curieusement changé de « raison sociale ». On peut noter la disparition à peu près totale des militaires et nobles au profit des négociants, industriels, quelques fonctionnaires et notabilités.

Après cette brusque et apparemment brillante reprise « La Parfaite Union » retombe peu à peu dans une nouvelle léthargie. Dans une lettre du 6 juin 1805 le Trésorier tente de justifier le retard du payement des cotisations.

« Ce retard ne peut être attribué qu’au refroidissement d’un grand nombre de FF.·. dont plusieurs ont quitté les travaux, et la négligence qu’ils ont apporté dans le payement de leur cotisation « .

En 1806, l’effectif est tombé à 27 membres. Le Vénérable est alors Jean-Baptiste Perrin, rentier.
En 1807, le tableau publie 24 membres.
Les quatre années suivantes nous sont à peu près inconnues. Les tableaux ne sont plus envoyés à Paris… C’est la chute de l’Empire.
En 1812, le tableau indique à nouveau 27 membres, 15 affiliés (et 17 « absents « ).
Furent Vénérables de « La Parfaite Union » à cette époque:

  • 1802 – 1807 – 1811: Léonard Piers
  • 1806: Jean Baptiste Perrin
  • 1803: Jean Nicolas Gobert
  • 1813: Nicolas Welche
  • 1819: Henri Joseph Hogard
  • 1820: François Vosgien

En 1812 se passe à Epinal un événement maçonnique important. Il semblerait, à la lumière de cet événement que le déclin de la « Parfaite Union » ait été dû à des dissensions internes (dont nous ne savons pas grand chose). En tout cas le 26 mars 1812, parallèlement à la « Parfaite Union » se crée à Epinal une nouvelle Loge qui comprend très probablement tous les « opposants » à l’ancienne équipe.

Ce nouvel atelier « La Parfaite Amitié » n’aura d’ailleurs qu’une vie éphémère et refusionnera un an plus tard avec « La Parfaite Union » avec de grandes embrassades maçonniques et des discours émus. Cette cérémonie de retrouvailles aura lieu le 25 mai 1813… juste avant l’Invasion. On possède le tableau complet de cet éphémère atelier.

C’est l’invasion, quelques des Prussiens occupants fréquentent la Loge, en tout oecuménisme maçonnique tel le Frère d’Armansperg, Chambellan du Roi de Bavière, le Baron Von Molkte, commandant la place d’Epinal. Le 7 avril 1814 le Chapitre d’Epinal lui confère le grade de Rose Croix.

Le 30 octobre 1819, la Loge reprend à nouveau force et vigueur… C’est la Restauration. Elle adopte alors de nouveaux « statuts et règlements « .
En voici quelques extraits
– art. 9 : « Le F. M.·. s’interdira toute discussion directe ou indirecte contre le gouvernement, contre aucun culte religieux et contre la bienséance et les bonnes moeurs… »
– art. 10: « Il renoncera à toute fréquentation de L.·. irrégulière et à rassembler un comité maç.·. hors de la Loge, à moins qu’il n’y soit autorisé par une délibération expresse qui émane d’elle… »
Ces nouveaux règlements sont signés :
François Vosgien, Vénérable
Hogard, Premier Surveillant
Colin, Orateur
Pellet, Orateur Adjoint
Legros, Sécrétaire
Mougeot, Maitre des Cérémonies
Cottard, « Maître d’Hôtel « 
Les chevaliers Rose Croix : Piers – Richard – Bourcier – Aubert – Bredard
Les Maitres : Lamiché – Lamarche – Lebrun – Clément – Legros – Guilgot.

La Loge compte alors un très grand nombre d’ex-militaires napoléoniens… dont plusieurs conspirent contre le gouvernement. Le tableau de « La Parfaite Union » de 1821 indique alors 45 membres.

De 1821 à 1827 la Loge sombre à nouveau dans une période de léthargie. Le 1er mars 1822 le Trésorier écrit au G.·. O.·. et déclare ne plus pouvoir payer ses cotisations. Il reprend contact avec le G.·. O.·. le 30 janvier 1828 et explique

« Les travaux n’étaient plus fréquentés que très rarement et par un petit nombre des anciens membres de la Loge qui, resserrant les noeuds de la fraternité, s’étaient décidés à faire les sacrifices nécessaires au payement du loyer »

En 1828 se produisit un nouveau réveil de l’Atelier L’avocat Mougeot est Vénérable
L’Atelier compte alors:

  • 22 officiers
  • 34 « ouvriers « 
  • 20 « associés libres « 
  • 2 Maitres d’Hôtel
  • 4 Frères « à talent »
  • 3 Frères Servants

Le ler mars 1829 est envoyé le dernier tableau connu de la « Parfaite Union ».
Le chapitre Rose Croix compte 29 chevaliers, le Président en est Mougeot.
En 1833 la mise en sommeil est définitive…