Premier des six colloques

Le 22 septembre, au matin, a eu lieu le premier des six colloques initiés par La Fraternité Vosgienne  » Hugo Pratt, Franc-maçon « 

Pierre Mollier directeur de la Bibliothèque et du Musée du GODF, maître d’œuvre de la magnifique exposition centrée sur Hugo Pratt qui vient de fermer ses portes rue Cadet, et Yves Hivert-Messeca, l’historien moderne de la Franc Maçonnerie, qui fût témoin d’une des initiations d’Hugo Pratt au 4° degré du REAA étaient particulièrement qualifiés pour nous parler des rapports étroits entretenus par Hugo Pratt avec toutes les formes d’ésotérisme et en particulier avec la symbolique maçonnique, lui qui écrivit  » Fables de Venise « , premier album entièrement maçonnique.

Dans un duo brillant, ces deux intervenants, qui jouaient l’un le rôle d’Hugo Maltese et l’autre celui de Corto Pratt, ont tour à tour fait appel à la vraie vie de Pratt et notamment à la relation au père dans le contexte de l’Italie mussolinienne, à sa vie mythique, aux sources de son oeuvre, à la réception de ses travaux, à son génie de dessinateur et de scénariste en mêlant les réflexions philosophiques et esthétiques aux anecdotes vécues .

Après ce duo, Jean Robert Ragache, qui entretient des relations suivies avec Luigi d’Annezin, Franc -maçon vénitien qui a fait entrer Hugo Pratt dans sa loge  » Hermés  » à Venise, nous a communiqué, avec son talent habituel, ce qu’il savait d’Hugo Pratt. Fort d’une expérience de 3 années de navigation dans la marine marchande, d’une lecture de Hugo Pratt remontant aux prémisses de son œuvre et de sa connaissance encyclopédique et de l’histoire moderne et de la Franc-maçonnerie, il a pu démontrer les ressorts cachés de cette œuvre protéiforme.

 L’animateur, Claude Vautrin, qui avait mis ses pas à Samarcande dans ceux de Corto Maltese, lançait un débat fort nourri qui se terminait sur la conclusion du caractère borgésien d’Hugo Pratt pour qui la réalité est une fiction

Ce même 22 septembre, après-midi, le deuxième colloque traitait de  » L’Antimaçonnisme « 

Cette session a commencé par la projection du film  » Forces Occultes « ,seul film commandité par un état totalitaire édictant des lois antimaçonniques l’État Français 1940-1945, Jean Louis Coy, critique de cinéma et Jean-Robert Ragache ont souligné la puissance de ce film et l’ont replacé dans son contexte historique et géopolitique.

S’en suivit la présentation par Jacques Orefice de l’Antimaçonnisme à Épinal centrée sur les Images d’ Épinal antimaçonniques imprimées sur commande des associations antimaçonniques ou de partis politiques L’analyse de ces images tirées à 50 000, 100 000, 200 000 exemplaires intitulées  » Les Faux Frères  »  » Les Voleurs d’Église  » ou  » Les bedides avaires à travers les siècles  »  montre au tournant des XIX°et XX° siècle, sur fond d’ Affaire Dreyfus, la violence des affrontements politiques et la mise en place de la théorie du complot judéo-maçonnique.

Yves Hivert Messeca nous a brossé ensuite un tableau de l’antimaçonnisme à travers les siècles en démontrant que l’antimaçonnisme dépendait du type de Maçonnerie considérée et du contexte géohistoricopolitique dans lequel elle évoluait. La maçonnerie cubaine de 1980 n’est pas la maçonnerie chilienne de 1975 ni celles des maçonneries roumaine de 1937, allemande de 1933, russe de 1820 et française de 1736
Jean-Robert Ragache a traité, enfin, des fondements philosophiques de l’antimaçonnisme. D’emblée, il opère une distinction fondamentale entre ce qui relève de l’antimaçonnisme doctrinal des puissances totalitaires civiles ou religieuses et de l’antimaçonnerie contingente des foules mal informées. Il développe dans un temps trop court ces deux problématiques en indiquant que la Franc maçonnerie constitue un bouc émissaire commode par temps de crise et que la présence d’une franc-maçonnerie active est représentative du niveau de démocratie atteint par un pays.

La table ronde qui a suivi a permis des échanges denses entre assistants et intervenants qui se sont poursuivis jusque dans la rue après la fermeture de l’Auditorium.

Jacques Orefice, coordinateur des colloques
du 150° Anniversaire de La Fraternité Vosgienne