Deuxième journée de colloques

Le samedi 13 octobre 2012 La Loge La Fraternité Vosgienne organisait la deuxième journée de sa série de colloques consacrée à L’Imaginaire, La Franc -Maçonnerie et la Bande Dessinée à l’Auditorium de La Louvière à Epinal.

Environ 130 personnes ont suivi attentivement les exposés des intervenants tout au long de cette journée et participé aux débats.

Colloque du matin « L’Esotérisme et La Franc Maçonnerie dans la Bande Dessinée à travers les œuvres d’Hugo Pratt,d’Hergé et de Didier Convard ».

Au cours de cette session animée par Claude Vautrin, journaliste et écrivain, sont intervenus successivement :

Joël Gregogna, avocat et brillant spécialiste de l’ œuvre d’Hugo Pratt sur laquelle il a écrit deux ouvrages qui font autorité ( Corto l’Initié et La Venise d’Hugo Pratt), après une méditation sur l’éternité, nous a fait fait chausser les bottes de Corto Maltese .Il nous a guidé, avec ce talent inimitable du conteur méditerranéen qui est le sien,dans le labyrinthe de tous les voyages terrestres et maritimes qu’a effectués le Franc Marin et dans lesquels chacun peut se retrouver .Ces voyages sont autant de métaphores du voyage intérieur qui est au centre de l’initiation .Ouvreur de portes, tourneur de clés,leveur de voiles,ce fin connaisseur de l’Italie nous a montré une Venise dont les canaux ésotériques orientaux et occidentaux ont irrigué l’imaginaire d’Hugo Pratt, franc-maçon de La Loge  » Hermès Trismégiste »

(Photos Jérôme HUMBRECHT)

C’est aussi d’Hermès à propos d’Hergé que Bertrand Portevin, tombé dans Tintin lorsqu’il était petit, nous a entretenu. Plus qu’un tintinophile cet hergeolatre, si l’on m’autorise le néologisme, habite à 15 km de Cheverny dont chacun sait que le château fût le modèle de Moulinsart Auteur de deux ouvrages « Le monde inconnu d’Hergé » et « Le démon inconnu d’ Hergé », Bertrand Portevin a procédé à un décryptage analytique exhaustif de l’œuvre d’Hergé, démontrant que, du dessin au texte, rien ne relève du hasard et que tout y est pensé et pesé jusqu’au moindre détail, Hermès est à la manœuvre dans toute l’œuvre. Hergé, mythologue, astrologue, alchimiste, franc maçon certain pour le conférencier, nous montre « La Voie « pour cheminer entre le Bien et le Mal. Cette Voie du juste milieu que revendique le taoïste qu’il était devenu, se construit en utilisant tout ce que l’ésotérisme compte de sources et de ressources à l’origine de presciences confondantes

(Photos Jérôme HUMBRECHT)

Laurence Vanin-Verna, philosophe, n’est entrée, elle, dans Tintin que depuis un an et porte sur Tintin un regard nietzschéen dont elle a fait un livre actuellement sous presse  » Tintin et la pierre philosophale:une aventure de la pensée  » Pour elle, tout la philosophie que développera Hergé est déjà dans sa première livraison « Tintin au pays des soviets » .Stoïcisme, épicurisme, sensualisme constituent une philosophie de l’être qui conduit Tintin à n’avoir peur de rien, si ce n’est de l’Apocalypse . Elle nous livre les ressorts de cette philosophie dans la genèse et dans la réception de l’œuvre d’Hergé. Elle insiste sur le féminin face à un Tintin asexué, féminin représenté par Milou, qui porte le nom du premier amour d’Hergé . Ce regard philosophique, dans la lignée de Michel Serres, nous invite à une réflexion proprement éthique sur ce qui s’avère être une des œuvres philosophiques majeures du XX°siècle et un grand conte initiatique.

Joël Gregogna reprenait la parole pour aller de l’autre côté du miroir avec Didier Convard Les deux hommes ont en commun le partage de leur vie maçonnique et cela s’entend. Auteur d’un livre sur  » Les arcanes du Triangle Secret « , le conférencier se livrait à une série de commentaires exégétiques appuyés sur une érudition sans faille des problématiques révélées par la saga qu’est cette œuvre toujours en gestation dont Didier Convard est le démiurge .Avocat, ésotériste, esthète, historien, franc-maçon, Joël Gregogna nous révélait quelques unes des innombrables facettes de la série dans chacune de ces compétences

Les débats qui ont surgi entre les interventions et à leur suite ont montré que pour les auditeurs leur lecture des bandes dessinées des trois géants que sont Pratt, Hergé et Convard ne pourrait plus être la même après avoir pris connaissance de ces nouvelles grilles de lecture .Ouvertement francs-maçons, Pratt et Convard différent d’ Hergé qui, de son vivant, est resté cet homme secret et à secrets, dont les albums peuvent être lus de 7 à 77 ans.

Colloque de l’après midi « De l’Art Royal au 9°Art »

Ni Hergé ni Pratt ne pouvaient être présent, mais nous eûmes le privilège d’entendre Didier Convard et de l’un des dessinateurs de la série, Denis Falque

Le scénariste Didier Convard (au premier plan), s’est notamment attaché les services de Denis Falque. – (Ph. E.Th.)

Animé par Claude Vautrin, qui donnait la parole tour à tour au scénariste et au dessinateur, ce colloque a permis aux assistants de s’immiscer dans la genèse d’une œuvre. En visionnant la méthodologie du travail des auteurs, on peut se rendre compte des recherches minutieuses historique, géographique, sociologique, philosophique, religieuse qu’implique sa réalisation et de la collaboration efficiente entre le scénariste et le dessinateur. Denis Falque donnait les détails techniques de la mise en scène en montrant différentes planches de la série à divers stades d’élaboration

Didier Convard, dans une grande simplicité, confiait à l’auditoire son trajet personnel et la congruence de son travail professionnel et maçonnique. Il présentait ensuite les étapes successives de la construction de son Grand Oeuvre fondée sur un changement de paradigme  » Et si Jésus n’était pas mort sur la croix et s’il avait un jumeau ? » Comme, il le dit lui même, il est le fondateur d’une uchronie au sens de Renouvier, ce qui lui permet de revisiter toute l’histoire de France, de la Chrétienté, de l’ Ordre du Temple, de la Chevalerie, de la quête du Graal, de la Franc-Maçonnerie. Il nous dit aussi ce qu’il doit à Hergé et, à Hugo Pratt et à « Fable de Venise », à Edgar P Jacobs et au « Mystère de la Grande Pyramide « , à Umberto Eco et  » Au nom de la Rose ». Passant l’Histoire au tamis de la mémoire, il recrée, tel le demiurge, tout un monde « . Même si c’est faux, ce pourrait être vrai « 

Mettant au service de son art, une méticulosité de documentaliste typiquement bénédictine, Didier Convard démontre, au sein de son travail, un besoin permanent de transmission et l’absolue nécessité de la transgression seule à même de permettre la progression .

Poursuivant sa méditation sur le caractère de l’être humain capable du meilleur comme du pire, tour à tour bourreau et victime, manipulateur et manipulé, il insisté sur la nécessité de l’empathie que doit chaque être humain à un autre être humain

Abordant la problématique de la création, Didier Convard décrivait les vies de Michel Ange et de Léonard de Vinci insistant que la vie d’un génie était parfaitement compatible avec les trivialités de la vie quotidienne commune à chacun d’entre nous.

La table ronde réunie par Claude Vautrin a permis un débat d’abord entre Didier Convard, , Joël Gregogna et Laurence Vanin-Verna. Ce débat, d’une densité extrême, a permis de pousser à l’incandescence les réflexions des uns et des autres, le regard acéré de la philosophe face à l’auteur et à son exégète les obligeant à chercher au fond d’eux-même les réponses aux questions nombreuses que soulèvent l’œuvre de Didier Convard et la parole des uns se mettait au service de la parole des autres pour éclairer encore plus notre perception tout en restant convaincus que les uns et les autres ne pouvions être que des cherchants qui, jamais, ne parviendront au bout de leur quête.

La conclusion de cette journée pourrait être cette citation de F Nietzsche proposée par l’un des participants et tirée du « Gai Savoir » « Si tu me dis que tu cherches la vérité, je te suis, si tu me dis que tu as trouvé la vérité, je te fuis ».

Jacques Orefice, coordinateur des colloques de La Fraternité vosgienne

 

 

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