Imprimer cette page  Visualiser en PDF

1862

Nouvelle Loge.

Le 25 Août 1862 sont envoyés de Paris Les constitutions Le 8 septembre 1862 parvenait du G.·.O.·.D.·.F.·. l'autorisation officielle. Le G.·.M.·. est alors le Maréchal Magnan.

Le 16 novembre 1862 est solennellement installée à Epinal la nouvelle Loge:

La Fraternité Vosgienne

La nouvelle Loge est officiellement créée par le docteur Marchal, membre et délégué du Conseil de l'Ordre, VEN.·. de la R.·.L.·. St-Jean de Jérusalem à l'OR.·. de Nancy.

Il est assisté notamment par le F.·. Contaut alors VEN.·. de la R.·. L.·. St-Jean au Temple de la Paix à l'OR.·. de Neufchâteau, et un certain F.·. Najean...(.·.)

Est alors VEN.·. à l'installation le F.·. Charles Henry Hogard (fils d'Henri Joseph, ex VEN.·. de la "Parfaite Union ").

La principale cheville ouvrière de la renaissance de la F.·. maç.·. à Epinal est le F.·. Colin, capitaine au recrutement à Epinal, SEC.·. de la Loge qui, dit l'annuaire du G.·.O.·.D.·.F.·.,

"seul a tout fait : réunion des FF.·. épars, démarches, planches, voyages, édification du Temple et mille détails de construction... ".

Etaient encore présents lors de l'allumage des Feux

Les FF.·.:
Daniel Dolfuss VEN.·. de la "Parfaite Union" à l'OR.·. de Mulhouse
Sébastien Turck VEN.·. d'H.·. de “St-Jean” OR.·. de Nancy
Louis Chemery VEN.·. de la L.·. "Les Vertus Réunies" OR.·. de Vitry
et de nombreux FF.·. des LL.·. de Neufchâteau, Vitry et Vesoul.

Les tenues ont lieu le deuxième mercredi du mois à 7 h 30 précises.

Le bijou distinctif de la Loge est en argent formé de deux triangles entrelacés portant d'un côté, au milieu, deux.coeurs unis enflammés et en exergue le nom de la Loge. Sur le revers une colombe portant une branche d'accacia... Le bijou se porte sur la poitrine suspendu avec un ruban bleu moiré.

L'abbé Javelet, dans son Histoire d'Épinal à la Belle Époque, écrit qu'après la création de la Fraternité vosgienne, "il y avait 5 Loges dans les Vosges, groupant 400 adeptes. (...) Les rapports entre la Loge et l'Église étaient mauvais; leurs conceptions de Dieu et de l'homme diffèrent. Quoi qu'il en soit nous devons remarquer que la Loge eut une grande influence sur la gestion de la ville. Elle appuya fortement la laïcisation des Écoles et anima nombre d'associations culturelles à Épinal". En 1869, La Fraternité vosgienne, qui compte maintenant 36 membres, décide l'édification du Temple de l'avenue de Provence. Le Ven.·. est alors l'avocat Émile Georges. Le bâtiment est terminé lorsque éclate la guerre franco-prussienne.

Après la capitulation de Napoléon III à Sedan, la République est proclamée le 4 septembre 1870. Le lendemain, le gouvernement de la Défense nationale, composé essentiellement de Maçons, nomme Émile George, préfet des Vosges. Celui-ci, enthousiaste, télégraphie : "Je suis malade, ne pouvant sortir de mon lit avant plusieurs jours. Ce qui me reste de force est au service de la patrie. (...) Ici, la République a été admirablement accueillie par le peuple, elle a soulevé des courages". Mais les Uhlans ne sont pas loin. Le temple est transformé en hôpital de secours. Une semaine plus tard, les Allemands entrent dans Épinal. Le 14 octobre, des soldats allemands essuient des coups de feu d'origine indéterminée. Notre F.·. Oscar Mariotte, pharmacien à Charmes, est empoigné par des soldats furieux, traîné dans la rue et mortellement frappé à coups de sabre.

Malgré les efforts de Gambetta, le gouvernement décide d'arrêter les combats. Bismarck ne veut signer la paix qu'avec un gouvernement légitimé par une Assemblée. En février 1871, des élections sont organisées. Nos FF.·. Émile George et Nicolas Claude sont élus représentant des Vosges à l'Assemblée nationale. Les préliminaires de paix sont signés peu après. Ils prévoient la cession de l'Alsace-Lorraine. Le 1° mars, la nouvelle Assemblée ratifie la convention de paix. Nicolas Claude, ami de Jules Ferry, exprime ainsi l'épreuve qui est la sienne : "Depuis trois jours, je ne vivais plus. (...) J'ai voté non. Nous savions que plus de 500 voix étaient acquises au traité. (...) Les membres de la majorité nous regardaient avec compassion et avouaient qu'à notre place, ils en feraient autant! Ah! quelle souffrance! Quel calvaire!" Et il ajoute : "Les Prussiens sont dans nos vallées. (...) Cette idée me met hors de moi".

Le temple, tout neuf est dévasté. L'effectif des FF.·. tombe à 25, puis à 12 membres. Les FF.·. qui restent sont dans l'impossibilité de faire face aux dettes contractées. En 1873, la Loge, qui compte 18 membres - 14 maîtres, 4 apprentis -, sollicite son exonération de Capitation due au Grand Orient. Le 23 janvier, le F.·. Gaubet écrit à Paris : "Les Frères de cet atelier, animés d'un zèle digne de tous les éloges, ne se découragent pas. "Quoi qu'il en soit, disent-ils dans leur planche, et malgré cette charge énorme, nous nous sommes juré qu'avec l'appui de la puissance centrale, nous maintiendrions la feu sacré dans les Vosges jusqu'à extinction de ressources. Nous réduirons autant que possible nos frais, nous supprimerons le frère servant et chacun de nous le remplacera à tour de rôle, nous ferons des tenues de jour pour éviter les frais de lumière, plus de fêtes, plus de banquets jusqu'au jour de la double délivrance.·." Malgré cet appel émouvant, la Loge n'obtient pas, on s'en doute, satisfaction. Le 21 septembre 1874, elle adresse une nouvelle supplique à la puissance centrale Il semble que cette fois elle obtienne gain de cause. La Loge, effectivement, redémarre, des nouveaux profanes sont initiés : la L.·. compte 34 FF.·. en 1874, 32 en 1875.

Le 30 janvier 1876, Émile George et Nicolas Claude sont élus sénateur des Vosges. L'abbé Javelet écrit, "au-delà des querelles, il y avait un autre lieu de profonde et secrète union : c'était l'amour de la "grande" patrie. Un amour plutôt chauvin et revanchard.·." En effet, en 1882, Émile George s'affilie à la nouvelle Loge Alsace-Lorraine, créée à Paris pour faire de la propagande parmi les autres ateliers. La circulaire envoyée aux Loges précise qu'il faut créer un comité pour l'éducation nationale dans chaque canton et que chaque comité sera divisé en sections communales à l'intérieur desquelles gymnastique et instruction militaire seront données aux participants jusqu'à l'âge de 20 ans. La même année, Émile George développe un plan d'éducation militaire et civique lors du Congrès de la Ligue de l'enseignement. La Ligue l'approuve, désigne un comité destiné à créer des organisations cantonales et ouvre une souscription nationale. En 1888, Nicolas Claude meurt. La même année, Henry Boucher, vénérable depuis 1885, descend de charge. L'année suivante il est élu député des Vosges. A la Chambre, il réclame l'incompatibilité des fonctions de membre du gouvernement et de parlementaire, et demande que les députés anciens ministres soient obligés de se représenter devant les électeurs. Quant à Émile George, il est très discret au Sénat où il ne propose qu'une loi pour la protection de la pêche. Aussi, le 4 janvier 1891, aux élections sénatoriales, il est battu. Du 25 au 27 mai 1893, le 13° Congrès des LL.·. de l'Est se réunit à Épinal, sous la présidence de notre F.·. Chevreux. A l'ouverture des travaux, il est dit qu'Épinal avait été choisie parce la Loge "soutient toujours avec une patiente énergie la lutte incessante contre le séculaire ennemi de la société".

Le 29 avril 1896, Jules Méline, membre de la L.·. Le Travail, à Remiremont, constitue un ministère. Il appelle à ses côtés Henry Boucher qu'il nomme ministre du Commerce, de l'Industrie et des Postes et Télégraphes. Ministre, notre ancien Ven.·. présente un grand nombre de lois sur la vente des navires, la filature de la soie, les colis postaux, les services des postes entre la métropole et l'Afrique du Nord, etc. On lui doit aussi la création de l'Office national du commerce extérieur. En 1909, Henry Boucher est élu sénateur. Il le restera jusqu'en 1920. Mais lui qui avait comparé le séminaire d'Autrey à une "fabrique de noir animal" désertera l'anticléricalisme.

Les archives de l'Atelier ayant disparu, nous arrivons donc à la seconde guerre mondiale. Afin de faire rêver certains FF.·. je signale simplement que notre F.·. Dohm a été Ven... de la L.·. de 1919 à 1936, soit 17 ans. Durant l'Occupation, à la suite de la législation antimaçonnique de Vichy plusieurs de nos FF sont révoqués : Baruch et Marcel Uriot, instituteurs, Paul Demangeon, professeur. Le F.·. Stivert, résistant est fusillé par les Allemands. Le bijoutier Albert, probablement maçon, meurt en déportation. François Simon, directeur d'école est arrêté. L'adjudant Cestaret, membre de la L.·. est tué (je ne sais pas dans quelles conditions). Nos FF.·. Louis Lapicque et Marc Rucart participent à la création de la L.·. Patriam Recuperare. Mais là, c'est une autre Pl.·. De l'autre côté, trois FF.·. ne sont pas vraiment hostiles au régime de Vichy, et l'un d'eux est exécuté par les maquisards après son arrestation.


Page précédente : 1786
Page suivante : 1945